Science, démocratie et débat public - Jacques Bouveresse

Jacques BOUVERESSE
Science, démocratie et débat public - mercredi 14 mars 2012 à 18:09
Durée : 1815000
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Introduction 1 De la découverte scientifique comme symbole
Dans le grand roman intitulé sans qualités Robert raconte comment. ayant lu dans le journal quelque chose au sujet d’un cheval de course “génial”, il avait eu le pressentiment de catastrophes et de désastres imminents. J’ai commencé à soupçonner que c’était l’espèce qui remportait les succès scientifiques les plus retentissants, bien que la notion de succès soit aussi peu appropriée aux sciences que celle de génie à un cheval de course, un champion olympique ou un prix Nobel. Les sciences étaient devenues un sport spectaculaire, même s’il n’y avait pas de spectateurs pour ce sport. Elles étaient devenues, me un des outils les plus efficaces de des masses (Le Feu p. 220). 2 De la découverte scientifique comme performance sportive
«Je me suis toujours réjoui en observant qu’il y a autant voire davantage de philosophies que de philosophes, car cela me montre que la philosophie est une entreprise véritablement humaine. Un physicien ou un chimiste ne dispose certainement pas de la même liberté de choix» p. 189). 3 De la comparaison entre physique et philosophie
«J’aimerais risquer ici la conjecture que l’objection de scientisme l’objection, donc, de de la foi en l’autorité et de l’arrogance prétentieuse du savoir concerne les adeptes de la sociologie du savoir et de la sociologie des sciences bien plus souvent que ses victimes, les grands physiciens. De fait, d’aucuns, se prenant pour des critiques du scientisme, sont des adversaires dogmatiques, et en réalité idéologiques et autoritaires, des sciences de la nature dont malheureusement ils ne comprennent que fort peu de W Karl Popper, A la recherche monde meilleur. Essais et conférences, traduit de l’allemand et annoté par Evard, Préface de Jean Editions du Rocher, 2000, p. 84. 4 Du rejet actuel des sciences dures
Je crains de créer un malentendu en affirmant que toutes les grandes découvertes ou. comme certains diraient. tous les grands progrès scientifiques contiennent un élément érostratique, la perte irrémédiable de quelque chose que l’humanité ne peut pas se permettre de perdre. Cela s’est sans doute à peine remarqué tant que les sciences étaient restreintes et sans pouvoir et les plus grands de tous les esprits scientifiques celui qui a découvert le feu, celui qui a inventé la roue, ou ceux qui ont créé les concepts de temps ou de force restent enveloppés de brumes immémoriales comme bienfaiteurs de l’humanité. On ne peut pas savoir si Prométhée a mérité d’être torturé par les aigles les créateurs de ce mythe pensaient manifestement que les dieux avaient de bonnes raisons pour l’y condamner (Le Feu p. 171). 5 De la science et de la religion
En observant le rôle de nos sciences actuelles, généralement considérées comme plus florissantes que jamais, je suis incapable de décider si leur prédominance a été à l’origine de la disparition du sentiment religieux ou si elle en est la conséquence. On ne saurait toutefois mettre en doute que les sciences sont tout bonnement une religion de remplacement et jouent le double rôle que cela implique celui d’un incompréhensible mystère pour les profanes et d’un gagne-pain pour ceux qui les pratiquent. La première fonction pourrait être remplie par une autre croyance ou superstition, mais pas la seconde p. 190). 6 De la science et des dogmes
L’extension des sciences en une activité de masse, telle qu’elle s’est amorcée au cours de ma vie, a entraîné la nécessité d’une croissance continuelle elles sont en cela comparables à d’autres figures de légende condamnées à s’accroître, tel le “produit national brut” non pas parce qu’il y a beaucoup de choses nouvelles à découvrir, mais parce qu’il y a beaucoup de gens qui veulent être payés pour le faire. C’est pourquoi toute tentative de réforme, si modeste soit-elle, est accueillie par des clameurs hypocrites revendiquant la “liberté de la recherche scientifique” et aussitôt surgissent des cliques de pression de tous ordres qui défilent en choeur sous la bannière, déjà usée jusqu’à la corde, de Si les hommes d’affaire déguisés en combattants de la liberté ont l’air grotesque, ils n’en sont pas moins efficaces, car rien ne résiste à la force motrice de la Bourse (ibid., p. 191). 7 De l’influence de la Bourse sur la science
« d’un côté, l’admirable harmonie de la science, sa régularité, son ouverture, le puissant attrait qu’elle exerce sur un esprit vif et curieux; de l’autre, les abus cruels et inhumains qu’on peut en faire, la brutalité de la pensée et de l’imagination qu’elle suscite, l’arrogance croissante de ceux qui la pratiquent» p. 192). 8 De la dépendance de la science
« L’art, la poésie, aucun pouvoir il exploiter ou d’en fa Si des oratorios Pentagone aurait soutenu la “recherche la musique n’exercent est impossible de les ire un mauvais usage. pouvaient tuer, le depuis longtemps musicale” » 9 De la science, de l’art, de la poésie et de la musique
« Je tiens à dire simplement que les résultats étonnants du passé tout récent ne permettent pas d’en inférer de l’avenir de la science. Les grands hommes de la science étaient des solistes épris de critique. Cela était vrai, naturellement, de et Watson et Karl Popper, « Science et critique in A la recherche d’un monde meilleur, p. 117-118. 10 Du passé héroïque de la science
«La science est une activité critique. Nous vérifions nos hypothèses sur le mode critique Nous les critiquons pour y débusquer des erreurs et dans l’espoir d’éliminer les erreurs et de nous rapprocher ainsi de la vérité » Sur le savoir et l’ignorance » (1979), ibid., p. 81). 11 De l’attitude critique de la science
Tous les grands savants étaient intellectuellement modestes; et Newton parle pour tous quand il dit “Je ne sais pas quelle impression je fais au monde. A moi-même je me fais l’impression d’être un petit garçon qui joue au bord de la mer. Je me suis amuse à ramasser ici et là un gravillon plus lisse que les autres, ou un plus joli coquillage cependant que. devant moi, inexploré. s’étendait le grand Océan de la vérité.” Einstein appelait sa théorie de la relativité “un éphémère”. Et tous les grands savants étaient conscients que toute résolution problème scientifique soulève bien des problèmes non résolus. Plus nous en apprenons sur le monde, et plus le savoir que nous avons des problèmes non résolus, plus notre savoir socratique sur notre ignorance devient-il conscient, détaillé et précis. La recherche scientifique est de fait la meilleure méthode pour nous éclairer sur nous-mêmes et sur notre ignorance. Elle nous guide vers l’idée importante que. nous les hommes. nous sommes fort divers quant aux vétilles dont nous savons peut-être quelque chose. Mais l’infini de notre ignorance nous rend tous égaux p. 83). 12 De la nécessité de la modestie intellectuelle
« Nous constatons qu’il est impossible même les théories physiques les mieux comme savoir au sens classique. Même nos théories physiques les mieux vérifiées et les mieux confirmées ne sont que des conjectures, des hypothèses fécondes, et elles sotn condamnées à jamais à demeurer des conjectures ou des hypothèses p. 83). 13 Du savoir et de l’ignorance
14 De la science comme pouvoir
1_17.png 15 De la science et de la démocratie
  • 1 De la découverte scientifique comme symbole (0)
  • 2 De la découverte scientifique comme performance sportive (347000)
  • 3 De la comparaison entre physique et philosophie (475000)
  • 4 Du rejet actuel des sciences dures (556000)
  • 5 De la science et de la religion (627000)
  • 6 De la science et des dogmes (861000)
  • 7 De l’influence de la Bourse sur la science (987000)
  • 8 De la dépendance de la science (1067000)
  • 9 De la science, de l’art, de la poésie et de la musique (1132000)
  • 10 Du passé héroïque de la science (1179000)
  • 11 De l’attitude critique de la science (1266000)
  • 12 De la nécessité de la modestie intellectuelle (1318000)
  • 13 Du savoir et de l’ignorance (1403000)
  • 14 De la science comme pouvoir (1530000)
  • 15 De la science et de la démocratie (1616000)
Jacques BOUVERESSE
Philosophe, Professeur au Collège de France

Jacques Bouveresse est professeur au Collège de France, titulaire de la chaire de philosophie du langage et de la connaissance depuis 1995, après une carrière menée au CNRS et aux universités de Paris et de Genève. Ancien élève de l’Ecole normale supérieure, agrégé et docteur d’Etat, il mène des recherches sur la philosophie des sciences, la logique et le langage dans la tradition wittgensteinienne qu’il a contribué à établir en France.

Influencé par la pensée et le style des écrivains autrichiens Robert Musil et Karl Kraus, il a proposé une lecture philosophique et satirique des relations entre la modernité et la culture qui l’a amené à conduire une critique des médias, et à défendre contre certaines modes intellectuelles la rigueur et la clarté dans la pensée et son expression.Auteur de plus de vingt-cinq livres, Jacques Bouveresse a notamment publié, après l’affaire Sokal-Bricmont, Prodiges et vertiges de l’analogie.

Parmi ses dernières publications :

Les lumières des positivistes, Essais VI, Marseille, Agone, 2012.
Que peut-on faire de la religion ? suivi de deux fragments inédits de Wittgenstein
présentés par Ilse Somavil la traduction par Françoise Stonborough Marseille, Collection

Banc d’essais, Agone, 2011.
Rationalité, Vérité et Démocratie, Actes du colloque du 28 mai 2010 au Collège de
France, Publié avec le concours du Collège de France, Paris, Éditions Agone, n° 44,
2010

Autres conférences :
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